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mardi 21 juillet 2015

Fête nationale: évolution du discours royal



Grégory Piet
Politologue, ULg
@grgpiet


Hier, le Roi Philippe prononçait son discours royal pour la Fête nationale belge. Nous en profitons pour revenir sur ses deux discours du 20 juillet 2014 et 2015.

Analyse des thématiques « politiques » dans les discours royaux

L’analyse quantitative du discours (Note méthodologique) nous permet de mettre en exergue divers changements entre 2014 et 2015 avec une convergence entre les deux discours de (seulement) 43% (Tableau 1). En d’autres termes, les discours sont très différents avec 57% de divergence sur les thématiques « politiques » énoncées par le Roi Philippe.

En 2014, le Roi axe son discours sur deux thématiques politiques centrales : le socio-économique (38%) ainsi que le fonctionnement de l’Etat et la 6e réforme (31%) (Tableau 1). Le sport (13%), en s’appuyant sur l’exploit de l’équipe nationale de football au Mondial 2014, est également présent dans le discours royal. Au total, ce discours mobilise 9 thématiques politiques.

En 2015, les thématiques politiques énoncées dans le discours royal sont beaucoup plus nombreuses qu’en 2014 : 9 contre 17 (Tableau 1). Les soins de santé, l’enseignement, la culture, l’environnement sont en effet des thématiques nouvelles abordées par le Roi Philippe en 2015.

À la différence, également, de 2014, le dernier discours royal est beaucoup moins centré sur le socio-économique (38% en 2014 contre 20% en 2015) et beaucoup plus axé sur les affaires extérieures, étrangères et européennes (19% en 2014 contre 31% en 2015).

Enfin, le Roi Philippe met en exergue une nouvelle thématique prépondérante en 2015 : l’hyper-connectivité et les médias sociaux (17%) (Tableau 1). Le discours royal abordait déjà en 2014 ce monde « interconnecté », toutefois, en 2015, il va plus loin et insiste clairement sur le monde virtuel hyper-connecté.


2014
2015
ECONOMIE
6%
0%
DROITS & LIBERTES
0%
3%
SANTE
0%
3%
AGRICULTURE & ALIMENTATION
0%
0%
TRAVAIL
6%
6%
ENSEIGNEMENT
0%
6%
ENVIRONNEMENT
0%
3%
POLITIQUE ENERGETIQUE
0%
0%
IMMIGRATION ET INTEGRATION
0%
3%
MOBILITE
0%
3%
JUSTICE & SECURITE
0%
0%
AFFAIRES SOCIALES
6%
3%
DEVELOPPEMENT LOCAL & LOGEMENT
0%
0%
ENTREPRISES
19%
9%
DEFENSE
6%
6%
TECHONOLOGIE & COMMUNICATION
0%
17%
COMMERCE EXTERIEUR
0%
3%
AFFAIRES ETRANGERES & AIDE AU DEVELOPPEMENT
6%
6%
FONCTIONNEMENTS DE L'ETAT & ADMINISTRATION PUBLIQUE
31%
6%
AMENAGEMENT DU TERRITOIRE
0%
0%
CULTURE
0%
3%
POLITIQUE LOCALE & PROVINCIALE
0%
0%
AFFAIRES EUROPEENNES
6%
20%
SPORTS
13%
3%
CONVERGENCE 2014/2015
43%


Analyse de la rhétorique dans les discours royaux

La rhétorique du discours royal du 21 juillet a également évolué entre 2014 et 2015.

En effet, en 2014, l’accent du discours porte majoritairement sur la rhétorique de l’accord, de la coopération et de la confiance (65%). Cela vient essentiellement de la période post-électorale et de volonté du Roi Philippe de montrer sa confiance dans les hommes et femmes élus en mai 2014, dans nos institutions, leur capacité à prendre leurs responsabilités (6%) et former un gouvernement fédéral. Suite à l’engouement autour des Diables rouges, le Roi Philippe revient également sur le bonheur partagé par tous. Enfin, la crise est associée à la rhétorique du changement qui peut être angoissante sous de nombreux aspects.

Dans son discours royal du 20 juillet 2015, la rhétorique change fortement. Le lien entre les individus est aujourd’hui majoritairement au cœur du discours royal (55%). Les rhétoriques de l’innovation (14%) et de la réussite (14%) traversent également le dernier discours royal en mettant en avant la « réussite », le « meilleur de soi-même », les « talents » et la « créativité ».



 2014
 2015
RHETORIQUE DU LIEN
0%
55%
RHETORIQUE DE L’ACCORD/COOPERTION/SOLIDARITE
65%
14%
RHETORIQUE DE L’INNOVATION
0%
14%
RHETORIQUE DU CHANGEMENT
12%
5%
RHETORIQUE DE LA PERFORMANCE & DE LA REUSSITE
6%
14%
RHETORIQUE DU BONHEUR
12%
0%
RHETORIQUE DE LA RESPONSABILITE
6%
0%


Finalement, les discours du 21 juillet et les thématiques politiques mobilisées sont fortement dépendants des contextes politiques (la période électorale en 2014 et l’espoir de rapidement former un gouvernement fédéral), économiques (la crise), sociétaux (internet et la surinformation), internationaux (la crise européenne, les réfugiés et les guerres au Moyen-Orient), culturels, sportifs, etc.


On peut également relevé un discours royal en 2015 plus à « droite » qu’en 2014 avec une part des thématiques politiques « internationales » plus importante et une rhétorique de l’innovation et de la réussite plus développée.



Note méthodologique


Cette analyse des programmes électoraux repose sur un logiciel d’analyse de textes, de discours et d’arguments, nommé Prospéro (Chateauraynaud, 2003 ; voir, par exemple, le carnet de recherche du GSPR, développeur de Prospéro, http://socioargu.hypotheses.org/ ainsi que le site dédié au logiciel Prospéro http://prosperologie.org/). La méthode consiste en la création de 21 répertoires thématiques reprenant l’ensemble des enjeux et politiques publiques identifiables au sein des programmes, sur base du travail préalablement effectué par Baumgartner et Jones (http://www.policyagendas.org/page/topic-codebook). Ces 21 répertoires sont constitués de 16.897 mots et expressions permettant d’identifier et de coder automatiquement les parties d’un texte liées à l’emploi, au logement, à la mobilité, à l’économie, à la politique étrangère, etc. Cet encodage automatique permet ainsi de mesurer les préférences et les priorités des partis politiques au sein de leur programme électoral. Pour une analyse en profondeur d’un enjeu politique et une explication détaillée de la manière de constituer les répertoires de mots et d’expression, voir Piet (2013).


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