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jeudi 11 juin 2015

Négociations du TTIP : quelles sont les positions des partis politiques belges francophones?

Grégory Piet
Politologue (Université de Liège)
@grgpiet 

Le débat européen sur les négociations du TTIP ayant été repoussé, il semble intéressant de voir comment les partis politiques belges francophones se positionnent sur les négociations actuelles.

En partant d’une approche quantitative (analyse du contenu) et qualitative (analyse des discours et arguments) des programmes électoraux de mai 2014 (voir Note méthodologique), nous constatons que la majorité des partis politiques belges francophones se sont positionnés durant les élections 2014 en défaveur d'un accord UE-USA (non-respect des impacts environnementaux, de la politique alimentaire, de l'exception culturelle, etc.). Seul le MR se positionne favorablement aux négociations en cours, moyennant le respect de certains points comme l'exception culturelle ainsi que la qualité et la sécurité des filières alimentaires.

En nous appuyant sur une typologie des positions des partis politiques (voir note méthodologique), nous constatons que les plus farouches opposants aux négociations du TTIP sont respectivement Ecolo, le PS et le PTB. Ils sont suivis par le cdH. Le PP et les FDF ne se positionnent pas, quant à eux, sur les négociations du TTIP dans leurs programmes électoraux respectifs de mai 2014.

Les positions d’Ecolo, du PS et du PTB sont stratégiques (influencées par le contexte des négociations en cours), visent à défendre leur position et sont négatives. La position du cdH est également négative mais non-stratégique. Peu influencé par le contexte des négociations, le thème « TTIP » est marginal pour les démocrates-chrétiens, ne cherchant pas à en faire un thème de campagne. La position du MR est, quant à elle, non-stratégique et non-idéale. Elle manifeste une position de statu quo par rapport aux négociations en cours satisfaisantes, pour l’heure, au MR. Les libéraux francophones ne sont pas influencés par le contexte international et ne cherchent visiblement pas – tout comme le cdH – à en faire un thème de campagne.




Ce 8 juillet 2015 avait lieu le vote sur le TTIP au Parlement européen. L'occasion nous est donnée, d'une part, de confirmer la pertinence de nos résultats sur l'étude des positions des partis politiques belges entre les élections européennes de mai 2014 et le vote de ce 8 juillet et, d'autre part, d'analyser le respect des prises de positions des partis et leurs promesses électorales. Dans le cas présent, le TTIP a été adopté par 436 voix "pour", 241 "contre" et 32 abstentions. Les députés européens du MR ont voté en faveur du TTIP comme ils le défendaient durant les élections de mai 2014 tandis que l'ensemble des députés européens d'Ecolo, du PS et du cdH ont voté contre le TTIP, comme ils le défendaient également durant les dernières élections. Les prises de positions sont donc restées les mêmes pour les partis politiques et, par extension, le mandat donné par l'électeur aux partis politiques belges a été respecté sur le TTIP. Promesses tenues!


Note méthodologique

Pour une information complète de la méthode et de l’approche, voir Piet, 2015, thèse de doctorat.
Pour mesurer l’« attention politique », l’analyse des programmes électoraux repose sur un logiciel d’analyse de textes, de discours et d’arguments, nommé Prospéro (Chateauraynaud, 2003 ; voir, par exemple, le carnet de recherche du GSPR, développeur de Prospéro, http://socioargu.hypotheses.org/ ainsi que le site dédié au logiciel Prospéro http://prosperologie.org/). La méthode consiste en la création de 21 répertoires thématiques reprenant l’ensemble des enjeux et politiques publiques identifiables au sein des programmes, sur base du travail préalablement effectué par Baumgartner et Jones (http://www.policyagendas.org/page/topic-codebook). Ces 21 répertoires sont constitués de quelques 18.000 mots et expressions permettant d’identifier et de coder automatiquement les parties d’un texte liées à l’emploi, au logement, à la mobilité, à l’économie, à la politique étrangère, etc. Cet encodage automatique permet ainsi de mesurer les préférences et les priorités des partis politiques au sein de leur programme électoral.
Pour mesurer l’ « orientation politique », l’analyse des programmes électoraux s’appuie sur une analyse des discours et arguments des partis politiques. Sur une échelle syntaxique et informationnelle allant de -2 (« contre », « refus », « dénégation ») à +2 (« pour », « favorable », « priorité politique »), nous attribuons une valeur à chaque énoncé reprenant le thème politique analysé (en l’occurrence, le thème « TTIP » pour ce billet).
Pour mesurer le positionnement des partis politiques sur un thème politique, nous représentons graphiquement (par un nuage de points) les mesures de l’attention (en pourcentage du total des préférences programmatiques) et celles de l’orientation (moyenne des orientations des énoncés).
Enfin, pour interpréter les positions des partis politiques, nous nous appuyons sur une typologie des positions :
- une position stratégique/idéale (S/I) : dans ce cas de figure, la position stratégique des partis est en adéquation avec leur position idéale et les deux positions renforcent la thématique analysée. Les partis, dans cette configuration, revendiquent cet enjeu dans leur compétence ;
- une position stratégique/non-idéale (S/NI) : dans ce cas, la position stratégique, influencée par les contextes, prime sur la position idéale des partis. Il peut également s’agir d’une position qui vient contester l’ordre établi de l’enjeu analysé ;
une position non-stratégique/idéale (NS/I : dans ce cas de figure, la position idéale n’est pas (ou peu) influencée par les contextes, la compétition partisane, etc. ;
une position non-stratégique/non-idéale (NS/NI) : la position stratégique n’est pas (ou peu) influencée par les contextes et ne prime pas sur la position idéale. Les deux positions sont en adéquation mais les deux positions ne soutiennent pas la thématique analysée. Cette position présente généralement une volonté de statu quo de la part des partis concernés ;
une position stratégique/négative (S/N) : les partis sont influencés par les contextes et se positionnement sur la thématique analysée. Ils développent alors un argumentaire très fourni sur l’enjeu qui vise à dénoncer point par point les arguments et propositions politiques des autres partis ;
une position non-stratégique/négative (NS/N) : les partis politiques ne sont pas (ou moins) influencés par les contextes et la compétition partisane sur la thématique mais ils souhaitent marquer leur opposition, leur « dénégation » sur l’enjeu analysé.


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