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lundi 13 janvier 2014

Le programme électoral nouveau des Jeunes MR est arrivé. Des préférences politiques clairement orientées… mais limitées


Grégory Piet
Politologue, Doctorant ULg
@grgpiet

Puisque ce 13 janvier 2014 est marqué par l’actualité de la sortie du programme électoral 2014 des Jeunes MR et qu’il n’a pas manqué de marquer l’actualité, nous prenons quelques instants pour y jeter un œil attentif à travers l’analyse des préférences politiques et l’identification des problèmes publics que ces jeunes acteurs politiques mettent en exergue.

Le compte officiel des Jeunes MR répondant sur Twitter qu’ils ne sont pas le MR, nous ne manqueront pas d’y revenir et de comparer les préférences des Jeunes du parti avec celles de leurs ainés, mais pour l’heure, la question qui nous tient est de savoir sur quelles thématiques cette nouvelle génération politique met-elle l’accent, et ce, quelques jours avant le lancement officiel de la campagne électorale 2014.

Les médias ont sauté sur l’occasion de la publication du programme pour relayer la proposition des JMR concernant la légalisation du cannabis, mais d’autres enseignements sont également intéressants, notamment, en termes de stratégies électorales pour les Jeunes MR et pour les autres jeunes acteurs politiques PS, CDH, Ecolo, FDF, etc.

Des préférences politiques principales

Les préférences principales sont pour les Jeunes MR (1) le secteur entrepreneurial (PME, etc.), le commerce intérieur, (2) une orientation forte tournée vers l’Europe, sa construction identitaire, notamment, et la politique extérieure (voir tableau). Ces deux thématiques majeures et préférences politiques représentent quasiment, à elles seules, 30% du programme électoral. Les Jeunes MR se situent donc dans la tradition de leurs ainés, avec des orientations historiques classiquement attribuables au parti libéral. Elles confirment également le positionnement du MR sur la volonté d’une réforme fiscale comme priorité électorale après les élections de mai prochain.

La troisième préférence des JMR est donnée à l’enseignement : plus de 12% du programme lui étant consacré (voir tableau). Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans la présentation du programme des JMR, la structure (table des matières) part du niveau régional et communautaire vers le niveau fédéral, puis européen. Dans cet ordre, l’enseignement se voit attribuer les premières propositions du programme. Le MR – Charles Michel en tête – en a fait l’une de ses priorités électorales pour 2014, si l’on se base sur les discours des acteurs politiques du MR depuis ces derniers mois – comme d’ailleurs l’ensemble des autres partis traditionnels PS, cdH, Ecolo et FDF. Dans ce contexte, les Jeunes MR confirment à nouveau la tendance de ces prochaines élections sur ces thématiques prioritaires. En toute hypothèse, sur ce point, le MR viendra – tout comme, certainement, les autres partis – confirmer cette orientation dans son programme électoral et dans les débats des prochaines semaines.

Des Jeunes MR laissant le champ libre aux autres jeunes formations politiques

Concernant les 4e, 5e et 6e préférences des JMR, se retrouvent les problèmes liés à la fiscalité, à l’emploi et à la justice. Ces six préférences présentent un bloc relativement homogène au niveau des priorités des Jeunes MR avec une variabilité d’environ 3,5 points de pourcentage dans l’ordre de préférence des six thématiques prioritaires entre la première et la sixième.

Six priorités sur 21 se détachent donc en comptabilisant plus de 64% de l’ensemble du programme électoral (voir tableau). L’effet direct de cette répartition est l’absence, par exemple, d’intérêts pour les enjeux environnementaux et énergétiques – représentant à peine 0,29% du programme électoral – au même titre que les enjeux de mobilité (0,59%).

La force du programme repose sur le fait que les Jeunes MR ont fait le choix d’un positionnement limité: choisissant quelques thématiques principales et évitant l’éparpillement et le positionnement sur tous les problèmes publics. L’avantage est d’identifier des propositions de solutions politiques claires, concises et limitées en nombre. 

Toutefois, le revers de cette stratégie, ayant laissé un vide thématique assez important (9 thématiques à moins d’1%) met évidence le fait qu’il sera moins aisé de rebondir et de s’imposer sur des domaines comme l’environnement, l’immigration, les affaires sociales, les questions de mobilité, la politique du logement, la culture, etc., si les autres jeunes formations des partis, comme le cdH, PS, FDF, Ecolo, PTB, etc., viennent à y prendre clairement position. 


Préférences politiques au sein du programme électoral 2014 des Jeunes MR
ENTREPRISES, SECTEUR BANCAIRE, COMMERCE INTERIEUR
14,75%
AFFAIRES ETRANGERES, AIDE AU DEVELOPPEMENT
14,75%
ENSEIGNEMENT
12,39%
MACROECONOMIE, IMPOTS ET TAXES
11,21%
TRAVAIL
11,21%
JUSTICE, JURISPRUDENCE, CRIMINALITE
10,91%
SANTE
7,37%
FONCTIONNEMENTS DE LA DEMOCRATIE ET L'ADMINISTRATION PUBLIQUE
7,37%
IMMIGRATION ET INTEGRATION
2,95%
AFFAIRES SOCIALES
2,06%
DEVELOPPEMENT LOCAL, POLITIQUE DU LOGEMENT, ORGANISATION URBAINE
1,18%
ARTS, CULTURE ET LOISIRS
1,18%
DROITS CIVILS ET LIBERTES
0,59%
AGRICULTURE ET PECHE
0,59%
CIRCULATION ET TRANSPORTS
0,59%
ENVIRONNEMENT
0,29%
RECHERCHE SCIENTIFIQUE, TECHONOLOGIE, COMMUNICATION
0,29%
COMMERCE EXTERIEUR
0,29%
POLITIQUE ENERGETIQUE
0,00%
DEFENSE
0,00%
AMENAGEMENT DU TERRITOIRE, GESTION PUBLIQUE DE LA NATURE ET DE L'EAU
0,00%


Note méthodologique
Cette analyse des programmes électoraux repose sur un logiciel d’analyse de textes, de discours et d’arguments, nommé Prospéro (Chateauraynaud, 2003 ; voir, par exemple, le carnet de recherche du GSPR, développeur de Prospéro, http://socioargu.hypotheses.org/ ainsi que le site dédié au logiciel Prospéro pour une plus longue présentation, http://prosperologie.org/). Pour faire simple, la méthode consiste en la création de 21 répertoires thématiques reprenant l’ensemble des enjeux et politiques publiques identifiables au sein des programmes, sur base du travail préalablement effectué par Baumgartner et Jones (http://www.policyagendas.org/page/topic-codebook) et adapté au cas belge par Stefaan Walgrave et son centre de recherches (M2P, Universiteit Antwerpen). Ces 21 répertoires sont constitués de quelques 10.000 mots et expressions permettant d’identifier et de coder automatiquement les parties d’un texte liées à l’emploi, au logement, à la mobilité, à l’économie, à la politique étrangère, etc. Cet encodage automatique permet ainsi de mesurer les préférences et les priorités des partis politiques au sein de leur programme électoral. Pour une analyse en profondeur d’un enjeu politique et une explication détaillée de la manière de constituer les répertoires de mots et d’expression, voir Piet (2013).


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